« Rhulye et Muyomeka » La société civile et des mouvements citoyens à la conquête du terrain dans la ville de Bukavu

« Rhulye1 et Muyomeka2 »
La société civile et des mouvements citoyens à la conquête du terrain dans la ville de Bukavu
Par Vianney Cubaka & Gentil Kulimushi
muderhwaivianney@gmail.com
gentilkulimush@gmail.com
La société civile en RD Congo est un regroupement des structures et associations civiles organisées à différents niveaux de société et travaillant sur des thématiques spécifiques ayant trait au développement. Ces structures et associations sont des groupes de pression pour la défense des intérêts vitaux de la population. Elles comptent des sous-noyaux dans les quartiers et groupements, ainsi des noyaux au niveau des territoires et des communes. Ces noyaux et sous-noyaux sont impliqués dans la dénonciation d’actes de violations des droits des citoyens (accaparement des terres par les « Elites dominantes», déficit de la gouvernance urbaine et rurale,etc.) et la revendication de droits vitaux (eau et électricité, etc.). Ils sont autonomes vis-à-vis de leur hiérarchie dans la poursuite de leurs objectifs. Ces structures de la Société civile sont parvenues à influencer le processus de prise de décision par les autorités étatiques. Pour ce faire, les bureaux de coordination de la société civile font souvent appel à ces dernières dans le cadre de la mobilisation en masse. La question centrale est la suivante : comment expliquer le slogan : « la société civile au service de la population »? Comment la société civile ainsi que les mouvements citoyens s’organisent-ils dans la lutte non-violente?
Alors que les attentes de la population restent la promotion de la participation à la gestion de leurs cités et celle du pays ainsi que l’émergence des groupes de pression respectant la constitution du pays et oeuvrant pour le développement, certains acteurs de la société civile désacralisent la charte  par des anti valeurs: Visiblement, au service des opérateurs politiques pour leurs propres positionnements politiques, la société civile est devenue un tremplin pour accéder aux avantages et aux postes politiques. Elle a ainsi perdu la confiance d’une bonne frange de la population. Cette dernière n’hésite pas à accorder des surnoms et sobriquets révélateurs à certains animateurs « influents » de structures de la société civile :« Rhulye » (mangeons), « Muyomeka » (celui qui empoche), « Misumba3 » (« gros sac des commerçants ambulants »… suite aux allégations de corruption et de détournement des fonds). L’engouement vers l’argent facile a même conduit à la fragmentation et à l’émergence d’une « société civile plurielle » : Bureau de coordination de la Société civile, la Nouvelle Dynamique de la Société Civile, la «Société Civile apolitique »… Eu égard a ce qui précède,il sied de se demander comment faire face à ces nouveaux acteurs dans la place publique et comment procéder en vue de doter la cite des animateurs capables de s’abstenir des intérêts égoïstes au profit de la société ?
Mouvements citoyens non-violents actifs à Bukavu
L’avènement de la LUCHA (Lutte pour le changement) et du Réveil des Indignés à Bukavu a contribué à une formulation d’une résistance citoyenne non violente avérée. Les jeunes se sont vus rapidement identifiés aux mouvements précités pour défendre les intérêts vitaux des communautés locales par des « actions non violente comprises comme l’âme de résistance dans le respect strict de la constitution de la République». L’objectif fut d’influencer les décisions politiques. C’est ains que les succès enregistrés par la LUCHA et le Réveil des Indignés a déclenché une prolifération de mouvements citoyens dans la ville de Bukavu. Dans bien des cas, il ne s’agit pas des dynamiques de masse car car seuls deux ou trois membres sont bien visibles et profitent au maxima des espaces que leur offrent les médias pour faire passer leurs messages à la population.
Dans la peau des politiciens fictifs : Des associations et mouvements citoyens controversés
Les législatives nationales et provinciales de 2018 ont été une occasion, pour certains membres des mouvements citoyens, d’afficher au grand public leurs ambitions politiques. Certains animateurs de la société civile et activistes des mouvements citoyens se sont présentés candidats sur les listes des partis et regroupements politiques. Ceci suscite des questionnements sur l’identité réelle de la Société civile en République Démocratique du Congo. En effet, aussitôt élus, et donc au pouvoir, ces anciens acteurs de la société civile et des mouvements citoyens abandonnent les actions de lobbying et de plaidoyer en faveur de population et font allégeance aux autorités politiques au point d’adopter les positions très ambigües face aux revendications des citoyens. On sait par exemple que l’opération Tujikinge, la crise autour de la cellule anti-fraude de Abbas Kayonga, la nomination d’un nouveau Mwami à Nindja, l’occupation foncière de Mbobero, la proposition de la création d’une nouvelle province d’Elila, les conflits à Minembwe sont parmi nombreux cas qui ont divisé les acteurs sociaux.
Sur terrain, ce repositionnement politique des anciens acteurs de la société civile et des mouvements citoyens se manifeste soit par des contacts en public pour berner la population et maintenir un certain lien avec elle, soit lors des réunions secrètes avec les hommes politiques pour consolider leurs positions et planifier la distributions des « Misumba » à d’autres acteurs à recruter.
Si la société civile et les mouvements citoyens ont certes joué, et jouent encore un rôle important dans la recherche des solutions aux problèmes de la population, l’absence d’une coordination responsable et la poursuite des agenda souvent contradictoires ( avoués ou non avoués) par certains animateurs impliqués ont été à l’origine de la fragmentation et de la prolifération des « sociétés civiles  et des mouvements citoyens» . Cette situation donne accès à une sorte de politisation de certaines structures de la Société civile qui servent désormais de tremplin aux futurs apprentis politiciens. Ces structures devraient reprendre leurs responsabilités en main selon leurs chartes et objectifs pour privilégier le changement et non leurs propres intérêts.
Les acteurs de la société civile et des mouvements citoyens de la ville de Bukavu sont devenus de cherche-pains et non des acteurs de lutte pour le droit de l’homme. Nous leurs recommandons de bien jouer leur rôle comme acteur et de défenseur de droit de l’homme, en misant sur le bien-être de la société au lieu de servir de la pauvre population pour accéder a des postes politico-administratives au détriment des intérêts de ceux qu’il est censé travailler. Aussi, il devra jouer a la neutralité en refusant l’agent facile, le « Kitu kidogo4 » ou encore le « Sehemu yangu5 » dans la revendication du strict respect de droits de ses co-citoyens.

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